Actualité oblige je propose que notre premier thème de discussion soit l'emploi des jeunes. Au moment où j'écris ces lignes la crise du CPE n'est toujours pas dénouée et cela visiblement à cause de l'entêtement du Premier Ministre qui ne semble pas se résoudre à l'idée de renoncer à cette Xième mesure en faveur de l'emploi des jeunes.
Néanmoins cette crise et ce mouvement des jeunes aura permis de faire prendre conscience à l'ensemble de la société de la situation dans laquelle se trouve la jeunesse de notre pays, à savoir :
- un manque de confiance dans l'avenir du à un taux de chômage important
- une grande précarite sociale et économique
- et pour une partie une forme de paupérisation
Mais nous sommes aussi un pays où la jeunesse est devenue un problème plutôt qu'une chance ! Tout le monde avait critiqué la fameuse émission de télévision de J CHIRAC avec des jeunes, durant la campagne du referendum sur le projet de traité constitutionnel pour l'Europe, où le Président de la République avait fini par lacher "je ne vous comprends pas" . Mais tous les ingrédients de la crise que nous vivons y étaient énoncés et notamment la crainte de l'avenir liée à l'absence de perspectives professionnelles dans une société "frileuse" qui d'un côté "produit des enfants rois" et de l'autre ne "donne pas leur chance aux jeunes".
Comment en sommes-nous arrivés là ? a mon avis en grande partie parce que les jeunes sont devenus la variable d'ajustement de notre économie. Leur taux de chômage évolue en parallèle de celui de l'ensemble des demandeurs d'emplois, mais il est le double voire le quadruple dans les quartiers dits "difficiles". Globalement l'embauche d'un jeune n'est pas vécue comme une chance, un apport d'enthousiasme, de vitalité, d'innovation, de nouvelles technologies, mais comme un risque, comme une charge liée à son manque d'experience. Preuve en est que les multiples mesures d'aide à l'embauche, d'exonérations de charges n'ont qu'un effet marginal sur l'emploi des jeunes.
Le seul dispositif qui a eu un effet important fut celui des "emploi-jeunes" qui de surccroît en "sécurisant " sur 5 ans les bénéficiaires et en "déchargeant" leurs familles eut un impact macro-économique et créa un climat de confiance favorable à la reprise. Mais il faut reconnaître qu'il ne concernait que le secteur public et associatif, ce dernier se trouvant aujourd'hui fort dépourvu.
La question qui se pose est donc de savoir si la solution pour améliorer l'emploi des jeunes réside dans une mesure (et laquelle ? développement de l'alternance ? exonérations de cotisations sociales ? améliorations de la formation ? contrats d'accompagnements ? toutes choses qui existent déjà peu ou prou ) ou dans une approche plus globale consistant à reconnaître qu'aujourd'hui dans notre pays c'est l'emploi qui génère la croissance (et non l'inverse ) que multiplier les exonérations c'est creuser un peu plus nos comptes sociaux (le montant des exonérations est d'ores et déjà superieur au déficit de la sécu) que laisser sur la touche des jeunes formés c'est abandonner un investissement (et que leur réinsertion coutera encore plus cher)...etc
Tout le monde voit bien qu'à l'inverse une jeunesse en emploi, avec des perspectives d'évolutions liées aux nombreux départ en retraite dans les années à venir et avec un pouvoir d'achat solide cela donnerait à notre pays le dynamisme et la croissance dont il a besoin.
Comment y parvenir ? Comment sortir de la spirale de la pression sur les coûts de maind'oeuvre qui nous entraîne vers le bas et retrouver un cercle vertueux ? Comment faire pour que la peur du chomâge n'exerce pas une pression qui amène à accepter toutes les régressions ? Comment retrouver un marché du travail dynamique où ce sont les entreprises qui cherchent à fideliser leurs salariés pour éviter qu'ils partent vers le plus offrant?
Aujourd'hui une grosse entreprise qui pour augmenter les dividendes de ses actionnaires mène un plan social mobilise des aides publiques ou de l'Assédic pour les salariés dont elle se sépare, à l'inverse la petite entreprise qui embauche et qui se développe augmente ses cotisations à ces fonds publics et aux Assédics.
Bref dans un monde où le premier problème est la rareté de l'emploi c'est lui qui est le plus taxé ! Il semble donc évident qu'il faut non pas baisser les protections sociales mais en changer les modalités de financement. Il faut prélever moins sur le travail et plus sur les revenus (et notamment ceux du capital) et sur la valeur ajoutée. Généraliser la CSG (si j'ose dire), qui de plus a le mérite d'être prélevée à la source et la fondre avec l'impôt sur le revenu.
Je sais que cette idée révulse une bonne partie des syndicats qui craignent une étatisation de la protection sociale (mais n'en sommes-nous pas déjà là ?) et une remise en cause plus facile par certaine majorité. Mais cette piste ne mérite-t-elle pas d'être explorée plutôt que de desespérer une jeunesse qui risque sinon de dénoncer le contrat intergénérationnel que constitue la retraite par répartition (qu'elle ne sera plus en mesure de financer et qu'elle vivra comme un contrat de dupes) et de se réfugier dans l'illusion libérale de l'auto-assurance ?
J'attends vos commentaires........
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