Avec le retrait de Lionel JOSPIN c'est une phase de mon engagement politique qui se clôt. Après avoir milité aux "amis de la terre" en 1980/81, j'ai adhéré au PS en 1986 suite à l'échec de la gauche aux législatives en grande partie pour soutenir l'action de Lionel JOSPIN. Devenu premier secrétaire fédéral en 1993 j'ai soutenu sa candidature en 1995 et mené campagne avec quelques uns dans le département alors que nombreux étaient ceux qui ne voyaient dans sa démarche qu'une candidature de témoignage. Sa victoire aux législatives de 1997, était la suite de sa campagne menée deux ans auparavant et de sa reprise du leadership du PS et de la gauche.
L'échec de 2002, conséquence entre autre de l'usure du pouvoir et d'une campagne éloignée des réalités, qui entraîna son retrait de la vie politique, demeure un traumatisme. Son retour à l'université de La Rochelle et dans les médias tout le long du mois qui vient de s'écouler, même s'il n'est pas couronné de succès permet de dépasser enfin cette épisode déchirant. S'il n'avait pas fait cette démarche l'hypothèse de son retour aurait pesé sur toute la campagne à venir. Il a eu l'audace de la poser lui-même et la lucidité de constater qu'elle était en définitive moins une solution qu'une difficulté supplémentaire pour le PS et qu'elle ne recueillait pas l'assentiment de l'opinion publique.
Durant toutes ces années, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer Lionel JOSPIN, de l'accueillir à TOURS, d'échanger directement ou par écrit avec lui et je demeure persuadé que ses analyses demeurent importantes pour la pensée socialiste nationale et internationale. Lionel JOSPIN n'est ni un homme surfant sur l'immédiateté de l'opinion ni l'idéologue ou l'homme de système que ses détracteurs se plaisent à décrier. C'est un intellectuel autant qu'un homme d'action. Il procède par analyse et dépassement des contradictions dans une synthèse qui lui demande parfois une longue maturation mais qui est suivie d'une mise en action rapide, efficace et déterminée qui doit beaucoup au basketteur de haut niveau qu'il aurait pu être.
Ces qualités et sa méthode qui mixte la prise de risque personnelle et le management du collectif ont fait de lui un excellent Premier Ministre mais ne le disposait guère finalement à la fonction présidentielle désormais largement déterminée par le lien entretenu avec l'opinion publique par le truchement des médias. Dans notre pays, avec nos institutions, un ministre, le Premier Ministre est l'homme d'une politique qu'il développe autant qu'il le peut. Mais le Président est le président de tous les Français et se doit toujours de composer pour incarner une sorte de réconciliation nationale permanente, de personnifier la perennité de la Nation face aux aléas de la vie politique...Faute de partager politiquement une telle conception de la fonction présidentielle Lionel JOSPIN s'est interdit de ne jamais pouvoir l'investir et il n'aura jamais la possibilité de "présider autrement" comme le voulait son slogan de 2002.
Cette volonté de réformer la fonction présidentielle de l'interieur dont il n'a pas su ou pas voulu faire un thème de campagne explicite, est apparue comme de l'agressivité à l'égard de J CHIRAC, qui a eu beau jeu de l'exploiter médiatiquement. En un certain sens le même phénomène s'est reproduit dans sa concurrence avec Ségolène ROYAL pour l'investiture des socialistes.
Finalement n'est-il pas nécessaire de se fondre par anticipation dans une fonction pour esperer la conquerir, quitte à en modifier la pratique une fois en place, au risque de s'y laisser prendre comme ce fut le cas pour l'auteur du "coup d'Etat permanent" ?
Lionel JOSPIN aura eu le mérite de tenter son ''experience du possible" jusqu'au bout, tout en ayant la lucidité de ne pas mettre son "camp" en difficulté par entêtement. C'est désormais une autre phase qui s'ouvre pour le PS et pour la gauche.
Gageons que si son patronyme prédestine Ségolène à investir pleinement cette présidence monarchique qui caractérise le sytème politique français elle en aura une pratique plus républicaine, plus démocratique mais aussi plus moderne et mieux adaptée aux défis du monde, de l'Europe et favorable aux attentes de ceux qui pensent qu'un ordre du monde plus juste est encore possible.
A nous désormais de faire en sorte qu'il en soit ainsi !
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j'aime bien cette idée de "se fondre par anticipation", d'ailleurs, comment gagner autrement ? H Védrine disait à Tours "on peut évoquer 1000 raisons pour lesquelles Jospin a perdu, elles sont toutes bonnes". Il me semble évident que la première raison est que Jospin ne voulait pas vraiment gagner. Question de culture socialiste sans doute... J'espère que demain, il y aura 1000 raisons pour gagner et qu'elles seront toutes bonnes. Je reste perplexe devant ce débat que, paradoxalement, VGE - pour la sortie de son bouquin - et Jospin ont induit : opinion ou proposition. Faut il suivre l'une pour faire valoir la deuxième ou faut il lancer la 2e pour espérer emporter la 1ere. Je crois que les deux sont vraies en même temps, qu'il n'est pas absurde de considérer que "les gens sont les experts de leur propre vie", il n'y a pas de honte à écouter l'opinion et à demander leur avis aux gens. Quitte à avoir le courage de ne pas être d'accord... peut-être même "définitivement". Bref, c'est un vieux débat, initié par Platon, ce qu'un philosophe comme toi connait mieux que personne !
Rédigé par: Thierry Lobut | 03 octobre 2006 à 21:12